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L’erreur

« l’erreur, un outil pour enseigner », J.P.Astolfi, 2008


A priori, les erreurs des élèves seraient des « ratés » de l’apprentissage »- formule de J.P. Astolfi dans L’erreur, un outil pour enseigner. Mais comment, précisément, dépasser ce point de vue qui réduit cet accident normal du développement cognitif de l’élève à du négatif aussi bien pour l’acte d’enseigner que pour l’activité d’apprendre ? Comment, autrement dit, s’appuyer sur les erreurs des élèves pour parfaire la relation pédagogique ?

Ne craignons pas l’oxymore : « accident normal ». Aussi bien Piaget que Bachelard tombent d’accord sur ce point, chacun dans leur perspective propre. D’une part, du côté piagétien, l’erreur est concomitante du développement cognitif de l’enfant et témoigne de l’adaptation d’un schème mental à de nouveaux objets- l’enfant qui se trompe est un enfant qui tente de faire le pont entre ce qu’il sait déjà faire et ce qu’il veut savoir faire. Autrement dit, en termes cette fois rousseauistes, l’erreur va de pair avec la perfectibilité. L’erreur est donc à la jonction entre l’équilibre ( se reposer sur les compétences déjà acquises) et le déséquilibre ( de nouveaux objets sont à apprendre, c’est-à-dire à s’approprier). D’autre part, dans La Formation de l’esprit scientifique, magistral ouvrage de G. Bachelard, on peut lire (p 15-16, Discours préliminaire, Ed. Vrin) : « En revenant sur un passé d’erreurs, on trouve la vérité en un véritable repentir intellectuel. En fait, on connaît contre une connaissance antérieure, en détruisant des connaissances mal faites, en surmontant ce qui, dans l’esprit même, fait obstacle à la spiritualisation. » Qu’il s’agisse donc du processus de développement (Piaget) ou du processus de formation (Bachelard), il y a un accord sur le statut de l’erreur entre le psychologue et l’épistémologue : l’erreur contribue, moyennant réflexion, au développement cognitif.

Il s’agit alors de pouvoir traduire en pratique pédagogique cette double perspective. Chacun connaît l’expression : « donner du sens aux erreurs des élèves ». Comme telle, elle est vague. Quel sens, en effet ? Avant toute réflexion, l’erreur fait fonction d’un indicateur de niveau et d’un révélateur par rapport à une tâche donnée. Elle entre dans le cadre d’une évaluation des compétences selon la tripartition : acquis, en voie d’acquisition, non-acquis. Cette perspective repose dans l’imagerie scolaire sur un modèle du développement cognitif comme montée d’un escalier, avec éventuellement une halte à un certain palier, pour reprendre son souffle intellectuel…Cette conception est utile pour l’évaluation et elle comporte une part de justesse. Mais, d’une part, en classe, l’acte d’enseigner ne s’épuise pas dans l’évaluation ; d’autre part, l’erreur a aussi d’autres facteurs que la non-maîtrise de la notion testée.

Olivier Houdé, dans un petit ouvrage très dense, Les 100 mots de la psychologie ( PUF, 2008, Que sais-je ?) écrit à ce sujet : « ce qui fait défaut à l’enfant ou à l’adulte peut aussi ne pas être la notion elle-même, mais l’incapacité d’inhiber une autre notion ou stratégie (…) déclencher par un élément trompeur de la situation et qui, subrepticement, entre en compétition dans le cerveau (…) L’apprentissage doit alors porter sur l’inhibition de la notion concurrente et interférente : c’est un apprentissage dit « exécutif ». C’est une autre vision de l’erreur, du développement cognitif et de la pédagogie. » ( p 36-37, nous soulignons). Houdé est clair : il y a des erreurs (pas toutes) qui proviennent non pas d’une manque de connaissances, non pas d’une mécompréhension de la consigne, mais d’une mobilisation incontrôlée de connaissances qui ne conviennent pas au contexte de la situation d’apprentissage. Lorsqu’un élève écrit : « après avoir acquéri une maison, ils vivèrent heureux », il devrait oublier ce qu’il sait du participe passé de « finir » et du passé simple de « chanter ».

Terminons cette brève incursion en invitant tout un chacun à consulter l’ouvrage roboratif de J.P. Astolfi : L’erreur, un outil pour enseigner. A lui seul, le titre signale le changement de point de vue que l’auteur explicite notamment dans le chapitre 1 : quel statut pour l’erreur à l’école ? L’une des vertus de cet ouvrage, à la fois dense et clair et dépourvu de toute technicité jargonnante inutile, c’est de montrer à partir d’exemples tirés de la classe comment il est possible de prendre appui sur les erreurs des élèves pour construire des situations d’apprentissage.